A la Galerie Alexandre, Antoine Caruel ouvre un autre territoire

dimanche, novembre 5, 2017
By alexandre

ANTOINE PRESSE 1

Antoine Caruel n’est pas un tendre. Et ces étranges cartes zébrant le corps de ces combattants de MMA non plus. Elles dressent une petite topographie de l’horreur qui frappe les villes de notre monde, précairement assis sur ses anciennes conquêtes. Attentats.

Antoine Caruel est un tendre. Et sur ces corps embrassés dévoile à nos yeux les lieux où il fut marqué du sentiment amoureux. Atteinte à.

Antoine Caruel n’est pas un paradoxe, il l’éprouve et en révèle la résolution. Antoine Caruel n’est pas pour, il n’est pas contre, il est tout contre. A l’image de ces duettistes, danseurs au bord de la perte d’équilibre, bêtes de cirque, lovers et fighters que tout semble opposer. Tout ?

Côte à côte, face à face, les figures de l’amour et de la haine ne paraissent- elles pas subitement semblables ? Ce couple noué, ne l’est-il pas aussi dans la discorde? Ces combattants enlacés, ne sont-ils pas également confondants de tendresse ? L’extranéité de l’autre territoire est une peine trop lourde à supporter, qui nous voit sans cesse chercher à la réduire.

Amour ou horreur de la solitude. Guerre ou horreur de la différence que l’on cherche à endiguer derrière tant de murs, et qui éclate en tant de conflits.

N’est pas précisément cette réduction de la différence que le travail de cet artiste expose, celle-là même qui est à la base de la jointure amoureuse comme de l’affrontement guerrier ? Le désir d’unité serait il le ressort de l’amour autant que de la haine ?  Jacques Lacan le dit d’un seul mot : hainamoration. Antoine Caruel le démontre ici et maintenant. Le constat peut-être difficile, il est réaliste, d’être ainsi marqué par l’époque et ses lieux.Mais il y a autre chose qui apparaît dans le filigrane de ces peaux de fumée, quelque chose qui tient à quelques lettres : MMA, chacune compte, aime, aime, A !

J’y ajoute l’exclamation, un encouragement. Et dans ce détail infime, comme une résistance, comme une luciole la nuit, comme un ultime espoir, lancé à soi-même et à l’autre.

Voilà ce que nous enseigne cette exposition, sans discours : nous pouvons savoir, et l’amour, et la mort, nous pouvons les connaître, nous le devons pour ne pas sombrer dans la désespérance.
Houellebecq critique l’art contemporain dans La carte et le territoire.

Antoine Caruel ouvre un autre territoire, comme un programme de lutte, dans lequel l’art peut venir comme amor fati. Un amour de la vie qui peut dire oui à la mort.

E.V.

Du 10 novembre au 9 décembre, à la galerie Alexandre, 25 rue Gaston Folloppe à Bernay. Jeudi et vendredi de 17h à 20h, samedi de 11h à 13h et de 16h à 20h. Vernissage samedi 18 novembre à partir de 18h.

Comments are closed.

Archives